Le locataire d’un logement dispose du droit de changer la serrure de sa porte d’entrée pendant la durée du bail. Aucun texte législatif ne l’interdit formellement. La question qui pose davantage de difficultés concerne la conservation exclusive des nouvelles clés, et c’est là que la réponse se complique.
Serrure protégée et carte de propriété : un frein technique souvent ignoré
Avant même de parler de droit, un obstacle pratique peut bloquer le remplacement. Certains logements sont équipés d’une serrure à reproduction contrôlée, associée à une carte de propriété. Sans cette carte, aucun serrurier ni centre de reproduction ne peut dupliquer la clé ou fournir un cylindre compatible.
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Le locataire qui souhaite remplacer ce type de mécanisme devra installer un modèle différent, ce qui modifie le bâti de la porte. Cette situation dépasse le simple changement de cylindre et peut être requalifiée en transformation du logement, soumise à l’accord écrit du bailleur.

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Pour un cylindre standard (type européen sans carte de propriété), le remplacement reste une opération courante. Le locataire achète un nouveau cylindre aux mêmes dimensions, l’installe lui-même ou fait appel à un serrurier, et conserve l’ancien pour le remonter en fin de bail.
Changer la serrure sans accord du propriétaire : ce que permet la loi du 6 juillet 1989
La loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 ne mentionne pas explicitement le changement de serrure. Deux dispositions permettent toutefois d’encadrer la situation.
L’article 6 impose au bailleur de garantir la jouissance paisible du logement. Le locataire est chez lui pendant toute la durée du bail. Il peut organiser la sécurité de son domicile, y compris en remplaçant le mécanisme de verrouillage de sa porte d’entrée.
L’article 7 f), de son côté, interdit au locataire de transformer les locaux et équipements loués sans l’accord écrit du propriétaire. La jurisprudence distingue ici deux niveaux d’intervention :
- Le remplacement à l’identique du cylindre (même dimensions, même type de serrure) est considéré comme un aménagement mineur, réversible, qui ne nécessite pas d’autorisation préalable.
- L’installation d’une serrure d’un type différent (serrure multipoints en remplacement d’un simple verrou, blindage de porte) peut constituer une transformation, surtout si elle modifie la porte ou son encadrement.
- L’ajout d’un verrou supplémentaire sans perçage (type verrou à coller ou sabot de porte) ne relève pas de la transformation, mais son retrait sera exigé à la sortie.
En pratique, le locataire n’a pas à demander l’autorisation du bailleur pour un simple changement de cylindre. La condition reste la réversibilité : pouvoir remettre l’ancien cylindre en fin de bail.
Garder les clés pour soi : le locataire a-t-il le droit d’exclure le propriétaire ?
Pendant le bail, le propriétaire n’a pas le droit de pénétrer dans le logement sans l’accord du locataire, même en cas d’urgence alléguée. Entrer sans autorisation constitue une violation de domicile, passible de sanctions pénales.
Le locataire peut donc refuser de remettre un double des nouvelles clés au bailleur pendant toute la durée de la location. Aucune disposition légale n’oblige à fournir un double au propriétaire en cours de bail.
Les limites en fin de bail et lors des visites
La situation change à deux moments précis. En cas de congé donné par l’une ou l’autre des parties, le locataire doit permettre les visites du logement pour relouer ou vendre. Refuser systématiquement l’accès en invoquant l’absence de clé chez le bailleur peut être considéré comme un manquement à ses obligations contractuelles.
Au moment de l’état des lieux de sortie, le locataire doit restituer toutes les clés du logement, y compris celles correspondant à la serrure qu’il a installée. S’il a remplacé le cylindre, deux options :
- Remonter l’ancien cylindre et rendre les clés d’origine, ce qui clôt le sujet sans discussion.
- Laisser le nouveau cylindre en place et remettre l’intégralité des clés correspondantes au bailleur, qui peut alors accepter ou exiger la remise en état.
Si le locataire quitte le logement sans remettre les clés ou sans remonter l’ancien mécanisme, le bailleur peut retenir sur le dépôt de garantie le coût du remplacement de la serrure.
Perte de clés et remplacement de serrure en location : qui paie quoi
La perte de clés par le locataire est un cas fréquent. L’entretien courant et les menues réparations sont à la charge du locataire selon le décret relatif aux réparations locatives. Le remplacement d’un cylindre après une perte entre dans cette catégorie.
Le locataire assume donc le coût du serrurier et du nouveau cylindre. Le bailleur n’a pas à intervenir financièrement, sauf si la serrure était déjà défectueuse ou vétuste avant la perte.

Après une tentative d’effraction, la situation diffère. Si la serrure a été endommagée par un tiers, le locataire peut déclarer le sinistre auprès de son assurance habitation. La prise en charge dépend des garanties souscrites, mais la plupart des contrats multirisques couvrent le remplacement de la serrure après effraction constatée par un dépôt de plainte.
Changement de serrure en copropriété : la porte d’entrée de l’immeuble
La porte d’entrée du logement relève de la sphère privée du locataire. La porte d’entrée de l’immeuble, en revanche, est une partie commune gérée par le syndic de copropriété.
Un locataire ne peut pas faire remplacer la serrure ou le digicode de la porte d’immeuble. Cette décision appartient au syndicat des copropriétaires. Si le locataire constate un dysfonctionnement du système d’accès commun, il doit en informer le bailleur, qui relayera la demande auprès du syndic.
Confondre les deux situations (porte du logement et porte de l’immeuble) expose le locataire à devoir financer une remise en état qu’il n’avait pas à engager.
Le remplacement de la serrure de sa propre porte reste un acte courant en location, à condition de conserver l’ancien mécanisme et de tout restituer à la fin du bail. La seule clé que le locataire ne peut pas garder indéfiniment, c’est celle qu’il devra rendre le jour de son départ.

